Field Report · Matmata
Souterrain et méconnu : comment les femmes de Matmata transforment les maisons troglodytes en une économie touristique
23 juillet 2026

Dans ces cours souterraines, le pain tabouna cuit contre les parois des fours en terre, les motifs des kilims se transmettent de mémoire et par le geste, et les traditions quotidiennes peuvent devenir le fondement d'une forme de tourisme culturel plus intime.
Vue d'en haut, Matmata semble presque disparaßtre dans le paysage. Les collines sont sÚches et pùles, la terre a la couleur du sable et de la pierre, et de nombreuses habitations sont cachées sous la surface. Puis le sol s'ouvre sur une cour circulaire, avec des piÚces creusées dans les parois tout autour. Ce qui semblait vide depuis la route devient soudain une maison.
La conception est Ă la fois pratique et belle. Au lieu de construire vers le haut, les familles ont construit vers le bas. La cour centrale apporte lumiĂšre et air, tandis que les piĂšces creusĂ©es dans la terre restent plus fraĂźches et mieux protĂ©gĂ©es de la chaleur et du vent. C'est une architecture façonnĂ©e par le climat, la raretĂ© et l'intelligence â une maniĂšre de vivre avec la terre plutĂŽt que contre elle.
Ă l'intĂ©rieur de ces maisons, la cour est le cĆur de la vie quotidienne. C'est lĂ que les gens se rassemblent, cuisinent, reçoivent les invitĂ©s et circulent entre les piĂšces. Les murs sont simples, souvent blanchis Ă la chaux, et le ciel apparaĂźt comme une ouverture parfaite au-dessus. Il y a quelque chose de calme et d'intime dans cet espace. Il ne ressemble pas Ă un monument. Il donne l'impression d'ĂȘtre habitĂ©.
Pour de nombreux visiteurs internationaux, Matmata est également connue parce que des scÚnes de Star Wars y ont été tournées, notamment à l'HÎtel Sidi Driss, devenu associé à la maison de Luke Skywalker. Mais la vraie merveille de Matmata n'est pas d'avoir ressemblé à une autre planÚte à l'écran. C'est que ces maisons ont été construites pour de vraies familles, un climat réel et une vie réelle, bien avant que le cinéma n'en fasse une destination.
C'est ce qui rend le potentiel touristique de Matmata si intéressant. Les visiteurs peuvent venir pour l'architecture, mais ce qui peut les inciter à rester plus longtemps, c'est l'expérience qui l'entoure : la nourriture, les récits, les textures, les gestes, et les femmes qui portent une grande partie de ce savoir.
Un morceau de pain tabouna n'est pas seulement du pain. C'est une pĂąte pressĂ©e contre la paroi intĂ©rieure brĂ»lante d'un four en argile, cuite par la chaleur retenue dans la terre, sortie chaude, fumĂ©e et boursouflĂ©e. Un kilim n'est pas seulement un textile. Il porte des motifs, des couleurs et des techniques transmis Ă travers les familles. Une cour n'est pas seulement une occasion de photo. C'est un espace oĂč l'hospitalitĂ©, la mĂ©moire et le savoir domestique deviennent visibles.
C'est lĂ que le travail des femmes compte.
Dans de nombreuses communautés traditionnelles, ce sont les femmes qui préservent les détails qui font qu'un lieu semble vivant : comment la nourriture est préparée, comment les invités sont accueillis, comment la laine est travaillée, comment les motifs sont mémorisés, comment les piÚces sont entretenues, et comment les pratiques familiales se transmettent d'une génération à l'autre. Ces savoir-faire sont souvent considérés comme ordinaires parce qu'ils appartiennent au foyer. Mais pour le tourisme culturel, ils sont précieux.
Lorsque les femmes peuvent ouvrir ces espaces aux visiteurs selon leurs propres conditions, elles ne se contentent pas de montrer une tradition. Elles façonnent une expérience touristique. Un repas dans la cour, une démonstration de fabrication de pain, une séance de tissage, ou une conversation sur la maniÚre dont les maisons souterraines ont été construites peuvent devenir une source de revenu, de fierté et de reconnaissance.
Ce type de tourisme est trÚs différent du fait de passer, prendre quelques photos, et repartir. Il demande aux visiteurs de ralentir. Il leur permet de comprendre la Tunisie à travers des personnes et des lieux souvent laissés en dehors de l'image touristique dominante. Il donne aussi une valeur économique au patrimoine sans le déraciner.
Le défi est que ce potentiel reste souvent informel. Une famille peut avoir la maison, le savoir, les recettes, l'artisanat et l'hospitalité, mais pas la visibilité, les photos professionnelles, les supports pour visiteurs, le soutien linguistique, ou le petit investissement nécessaire pour transformer cela en une activité durable.
C'est le type d'écart qui intéresse Tanit.
Non pas transformer Matmata en quelque chose de mis en scÚne. Non pas transformer une culture privée en spectacle. Mais aider les acteurs touristiques riches en patrimoine à devenir plus visibles, mieux préparés, et mieux connectés aux opportunités qui leur permettent de bénéficier de la valeur qu'ils préservent déjà .
Matmata est peut-ĂȘtre souterraine, mais elle ne devrait pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©e. Ses habitations sont des espaces de vie façonnĂ©s par le climat, la mĂ©moire, le travail des femmes, l'hospitalitĂ© et l'intelligence locale. Avec le bon type de soutien, elles peuvent s'intĂ©grer Ă une Ă©conomie touristique plus inclusive â une Ă©conomie oĂč les personnes qui font vivre le patrimoine de la Tunisie peuvent aussi en tirer des moyens de subsistance.